James Naismith
Tout commence par un Canard !
Dans toutes les régions de France, dans tous les clubs de France, des centaines de milliers d’yeux brillent à la simple évocation des noms des joueurs et joueuses de NBA, de WNBA, et de nos équipes nationales. Qu’ils soient, pour certains, fiers comme des paons à exhiber leurs bagues de champions, et pour d’autres, fiers comme des coqs de brandir leurs médailles de champions, peut-être ces professionnels ne le savent-ils pas, mais ils doivent tous leur bonheur à un canard.
Mieux encore : un canard sur un rocher !
 
Au cours de l’hiver nord-américain de 1891, James Naismith, professeur canadien au Collège américain de Springfield dans le Massachusetts, se voit confier par le directeur de l’établissement, la création d’une nouvelle activité physique à destination des étudiants…disons plutôt : à destination d’un groupe précis de 18 étudiants agités, et surnommés « Les Incorrigibles ». Ce qui semble, à première vue, revêtir les atours d’une simple formalité, n’en est pas une pour le professeur Naismith. En effet, deux autres professeurs s’y sont cassés les dents avant lui, et ont jeté l’éponge, épuisés par le comportement de ce groupe d’étudiants électriques.
 
Au Springfield College, comme dans la plupart des établissements des Etats-Unis d’alors, le Carré d’As sportif se nomme « Football américain, Rugby, Baseball et Football ». Largement popularisés en cette fin du 19e siècle, ils ont pour particularité d’être pratiqués sur une grande surface, et en plein air. Et c’est là que le bât blesse ! car ce qui est un avantage lorsque le climat clément est de la partie, tourne au cauchemar quand la bise hivernale nord-américaine s’en vient. Face aux hivers rigoureux, et confrontés à la fougue et à l’impulsivité des jeunes hommes frustrés de ne pouvoir se défouler, les enseignants sont démunis. Et ce n’est pas la gymnastique suédoise et la marche sur la coursive supérieure du gymnase, qu’on leur propose, qui va canaliser les impulsifs et fougueux sportifs !
James Naismith au lancer
Conscient de cette frustration, James Naismith sait qu’il doit imaginer une activité où jaillit toute la testostérone de ses étudiants. Au regard de l’intérêt que les jeunes hommes portent aux sports d’équipe, il sait que ce nouveau jeu ne doit pas être moins viril que les autres. Il doit être simple à assimiler et suffisamment complexe à pratiquer pour être intéressant. Prévu pour être pratiqué en salle sur une petite surface et par un grand nombre de joueurs en même temps, le « cahier des charges » n’est pas compliqué. Naismith doit cependant maîtriser un paramètre particulier : le nouveau jeu ne peut être aussi rugueux que les autres sports. La raison en est simple pour le directeur de l’établissement comme pour l’enseignant canadien : sa pratique dans l’espace clos du gymnase, enceint de murs et doté de deux poteaux en son centre, peut engendrer des blessures, et empêcher certains étudiants de reprendre le cours des championnats universitaires quand la saison reprendra.
 
Pour que les jeunes l’assimilent et l’adoptent vite, Naismith pense à combiner de nombreux éléments utilisés dans les autres sports. Ainsi, choisit-il de rassembler les temps limités d’action avec la balle selon les zones de jeu (comme dans « La Crosse au champ », sport d’origine amérindienne), la passe à la main vers l’avant (comme au football américain), l’utilisation d’une balle ronde (comme au football), la confrontation au sol et en extension pour le gain de la balle (comme au rugby). Sur le papier, tout s’imbrique. Cependant, Naismith n’est pas satisfait. Dans son projet, il lui manque l’indispensable : l’adresse et la puissance…ces paramètres qui relègueraient la force et la vitesse hégémoniques des autres sports, droit au placard !  Ces deux clés essentielles de ce qui ne se nomme pas encore basketball, il ira les puiser dans le souvenir de ses jeux enfantins. C’est précisément dans le jeu « Duck on a rock / Canard sur un rocher » qu’il va les retrouver ! C’est même de ce jeu que naîtra la trajectoire particulière du ballon pour pénétrer le panier !
 
« Duck on a rock » est un jeu qui combine le lancer, la course, et l’attrapage de l’adversaire (avec tout ce que cela implique d’évitement et de feintes de corps pour échapper à l’attrapage). Pour y jouer, une pierre dite « Pierre de garde » est posée sur un socle (une autre pierre plus grande, une souche d’arbre…). Une ligne est tracée au sol à une distance d’environ 5 mètres de la « Pierre de garde ». Des tireurs se positionnent derrière cette ligne. Un joueur « Garde » se place dans une zone neutre assez éloignée des tireurs. Un tireur lance alors une pierre grosse comme le poing sur la Pierre de garde afin de la faire tomber de son socle. S’il réussit, il marque un point et reste derrière la ligne. S’il échoue, il doit courir ramasser sa pierre pendant que le Garde quitte sa zone pour se lancer à sa poursuite et l’attraper. Si le Garde touche le lanceur avant que ce dernier récupère sa pierre, les deux joueurs échangent leurs rôles dans la partie.
 
A force de pratique, le jeune James Naismith et ses copains découvrent qu’en lançant leur pierre comme une balle de baseball, la pierre manquant l’objectif file loin…souvent trop loin ! et augmente le risque de se faire attraper par le Garde. Pour y remédier, ils développent le tir lobbé. Avec l’expérience et l’entraînement, ce tir s’avère plus précis que le tir en force du baseball, et surtout, moins enclin au rebond car mieux dosé. Ce faisant, le tireur accroit sa possibilité de récupérer sa pierre proche avant d’être rattrapé par le Garde.

James Naismith, le panier en hauteur
Pour que ce nouveau jeu utilise le tir lobbé, qu’il a lui-même expérimenté gamin, Naismith décide de placer le but à atteindre en hauteur ; ni trop bas, pour que les joueurs ne puissent pas s’y suspendre, ni trop haut pour qu’un lancer adroit l’emporte sur un lancer en force. Naismith demande au concierge du College de lui trouver deux réceptacles afin de recevoir le ballon. Dans tout l’établissement, le concierge ne trouve que deux paniers de pêche en bois pour répondre à la demande du professeur. Qu’à cela ne tienne ! Naismith s’en saisi et les cloue au rebord du balcon de la coursive du gymnase, à chaque extrémité de la salle. La hauteur d’accrochage des paniers, choisie par la force des choses, est de 3,05 mètres et répond aux attentes du professeur (pendant plusieurs années, lors des matchs se déroulant dans tout le pays, deux personnes auront la charge de récupérer les ballons au fond des paniers. Les fonds des paniers seront découpés en 1913 pour que l’écoulement du ballon dans sa cible fluidifie le jeu. Pour l’anecdote, force est de constater que les paniers contemporains reprennent la forme exacte des paniers en bois d’origine !).
 
Comme la classe de James Naismith est constituée de dix-huit étudiants, il les sépare en deux groupes égaux de neuf joueurs ; chaque équipe est ainsi constituée de 3 joueurs Arrière, 3 joueurs Centre et 3 joueurs Avant. Il s’attelle ensuite à la conception et à la rédaction des 13 règles initiales du Basketball. La règle n°3, loin d’être anecdotique est essentielle à l’expression de ce nouveau jeu appelé à devenir l’un des plus spectaculaires de la planète Sport. Cette règle n°3, stipule que « le joueur ne peut pas se déplacer avec le ballon ». Le porteur de balle doit effectuer une passe depuis l’endroit où il s’est emparé de la balle, à destination d’un joueur démarqué. Il faut donc que ses coéquipiers jouent sans ballon, se placent, se démarquent, feintent, esquivent, fassent des appels, pour recevoir la balle à leur tour.
 
Et voilà pourquoi ! aujourd’hui -si des centaines de milliers d’yeux brillent à l’évocation des noms de stars du Basketball- des centaines de milliers d’oreilles s’échauffent et rougissent aux sons mélodieux des voix des coachs s’épuisant à rappeler les fondamentaux ancestraux…ces petites voix qui rythment entraînements et matchs, insistantes (« tu dribbles trop ! » « Lève et la tête, et regarde ! »), ou impératives (« Monte ! » « Coupe ! » « Ecran ! » « Courir ! Courir !» « Démarque-toi ! » « C’est pas ta place ! »), voire, désespérées (« Il est à quiiiiii ce joueur ? » « Paaaaasse la baaaaalle ! »).
Tout coach reconnaîtra la sienne…
 
Dire qu’on doit tout ça à un canard !...
 
James Naismith en 1981 et tout l'équipement nécessaire pour jouer au basketball
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 

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